Le public associe souvent la bourse à une seule classe d’actifs : les actions. Dans le monde des banques d’investissement, on appelle les équipes responsables de ces produits « cash equity ». Puis-je te faire une confession ? Je ne suis pas fan du cash equity. Tous les goûts sont dans la nature, me diras-tu, mais malgré cela, je dois l’admettre : ce n’est pas ma tasse de thé.
Tu pourrais alors me poser la question suivante : « Mais quels sont donc les produits que tu trouves intéressants ? »
D’abord, merci de poser la question. Ensuite, ma réponse est simple : les swaps. Ce sont des produits dérivés appartenant à la classe fixed income (les produits de taux), qui peuvent se décliner sous une multitude de formes différentes, en fonction des besoins des investisseurs.
À travers cet article, mon objectif est de te convaincre que les swaps sont effectivement des produits fascinants.
Prêt ? Alors, c’est parti !
Interest rate swap
L’interest rate swap (ou swap de taux d’intérêt, IRS) est probablement le type de swap le plus connu sur les marchés financiers. Comme son nom l’indique, il va échanger des taux d’intérêt, et dans sa version la plus classique, un taux fixe contre un taux flottant. Une fois entrées dans le produit, les deux parties vont ainsi s’échanger des taux d’intérêt, l’un fixe, et déterminé au départ, et l’autre flottant (et donc variable), qui va dépendre d’un taux de référence (par exemple l’euribor en France, ou le SOFR aux États-Unis). Une partie va recevoir le taux fixe, et payer le taux flottant, et l’autre va faire l’inverse : payer le taux fixe, et recevoir le taux flottant. Le swap est valorisé pour faire en sorte qu’au départ, et si rien ne bouge dans le marché, les deux parties s’échangent des flux financiers équivalents.
Un interest rate swap fixe-flottant :

Imagine un swap contracté entre deux parties, pour une durée de deux ans, et où les participants vont s’échanger des flux tous les semestres (quatre paiements seront donc effectués). Pour savoir quel taux fixe ils vont payer et recevoir, il faut connaître les prévisions du marché quant au taux de référence, à chaque date d’échange, et pour la période concernée.
Par exemple, le marché peut estimer que la première année (c’est-à-dire pour les deux premiers échanges), les taux vont augmenter, puis qu’ils vont stagner pour le troisième paiement, et enfin diminuer au moment du dernier échange de flux. En partant de ces prévisions, le swap va valoriser le paiement fixe, comme la moyenne actualisée (en discountant* les valeurs) des différentes estimations du marché. Si rien ne bouge, et que les taux restent exactement où ils sont aujourd’hui, alors il sera équivalent pour une partie de payer fixe, ou de recevoir flottant.
Prenons un exemple simple. Imaginons deux personnes (Solène et Noé) qui entrent dans un IRS d’une durée de deux ans. Noé va payer le taux fixe (et donc recevoir le taux flottant) et Solène, elle, va payer le taux flottant et recevoir le taux fixe.
Pour connaître le taux fixe, on a dit qu’il fallait s’intéresser aux prévisions du marché concernant le taux de référence.
| Flux 1 | Flux 2 | Flux 3 | Flux 4 |
|---|---|---|---|
| 4,23 % | 4,32 % | 4,31 % | 4,14 % |
En prenant un taux sans risque à zéro pour nous faciliter les calculs de present value, on peut estimer que le taux fixe correspond à la moyenne de ces attentes et s’élève donc à 4,25 %. On voit aussi que si les attentes du marché se révèlent justes et que rien ne bouge, il est similaire de recevoir fixe, ou de payer flottant. Les deux flux vont parfaitement se compenser.
Les interest swaps sont des instruments financiers fascinants. J’en ai moi-même fait mon produit de prédilection dans le cadre de mon travail en banque d’investissement. Cependant, ils peuvent être difficiles à appréhender. Pour en savoir plus à leur sujet, j’y consacre une session complète dans ma formation.
*Discounter : rapporter une valeur future à ce qu’elle vaut aujourd’hui. Cela part du principe qu’un montant a plus de “valeur” s’il est reçu à un temps t comparé à un temps t+1.
FX swap
Le FX swap est un swap de devise. Des parties s’y échangent toujours des flux financiers, mais à la différence des IRS, ceux-ci ne vont pas être dans la même devise.
Au départ, les deux parties vont s’échanger disons de l’euro contre du dollar. La partie A va vendre de l’euro et acheter du dollar, et la B va faire l’inverse, acheter de l’euro et vendre du dollar, le tout en se servant du taux FX spot (celui en vigueur à l’heure actuelle).
Dans un deuxième temps, à maturité du produit, les parties vont à nouveau s’échanger les devises, donc la partie A va cette fois acheter de l’euro et vendre du dollar, et la B va vendre de l’euro et acheter du dollar. Le taux utilisé est le taux forward pour la durée du swap, déterminé au départ de celui-ci. Si les taux FX ne bougent pas, le taux future permet un échange équivalent entre les deux devises, le swap a une valeur intrinsèque nulle et aucune des parties ne dégage du bénéfice. Ce n’est plus le cas dès lors que la paire de devises change.
Par exemple, si au départ, le taux spot est de EURUSD = 1 et le taux forward est de EURUSD = 1,20 :
La partie A va, dans un premier temps, recevoir 1 000 000 € et payer 1 000 000 $, et à maturité payera 1 000 000 € et recevra 1 200 000 $.
Si, à maturité, le nouveau taux spot n’est pas égal au taux forward pour lequel on s’était mis d’accord au début du produit (si, par exemple, le nouveau taux spot est de 1,4), le swap aura une valeur intrinsèque :
À maturité, les 1 200 000 $ vaudront : 1 200 000 / 1,4 = 857 000 €, ce qui est moins que la somme de départ. Dit autrement, si la partie A n’était pas entrée dans un FX swap et avait décidé d’échanger ses euros contre des dollars avec le nouveau spot, elle aurait obtenu 1,4 million de dollars.
Ici, la partie A perd de l’argent et la partie B en gagne.
Le FX swap :

Cross currency swap
Le cross currency swap (ou xccy swap) est assez similaire au FX swap (car on va aussi y échanger des flux dans deux devises distinctes), mais à la différence de ce dernier, ici vont également intervenir des paiements intermédiaires (qui peuvent être fixes contre flottants, fixes-fixes, ou flottants-flottants).
Imaginez que Laura et Jeanne décident d’entrer dans un cross currency swap sur la paire EURUSD. Trois périodes sont intéressantes :
Pour Laura, au départ, elle reçoit une somme en euros et paye un montant en dollars. Au cours de la vie du produit, elle va devoir payer des intérêts en euros (soit fixes, soit indexés sur un taux directeur en vigueur dans la zone euro) et en recevoir en dollars. À maturité, elle va devoir rembourser le notionnel en euros et recevoir en échange celui en dollars. Pour Jeanne, c’est l’inverse. Elle reçoit le notionnel en dollars au départ, doit payer des intérêts en dollars (elle en reçoit en euros) et doit rendre la somme en dollars à maturité, en échange de la somme en euros.
Le cross currency swap :

Credit default swap
Le credit default swap, ou CDS, permet à son acheteur de se protéger contre le risque de défaut d’une entité (plus exactement de l’émetteur d’une obligation). Il se distingue en cela des autres types de swaps que l’on a vus jusqu’à présent.
Quand un investisseur achète une obligation, il s’expose au risque de défaut de l’émetteur : il peut perdre une partie ou la totalité de son investissement si l’émetteur de l’obligation fait banqueroute. En achetant un CDS, et en échange d’une prime versée au vendeur du produit, l’investisseur va pouvoir se prémunir de ce risque. On peut alors voir le credit default swap comme une assurance, qui, en échange d’un paiement, va protéger contre un certain type de risque.
De la même manière que pour les autres types de swap, le paiement de la prime est fonction de l’état actuel du marché et de ses prévisions. Si elles changent, le CDS sera valorisé avec une nouvelle prime. Si l’entreprise émettrice a plus de risques de faire défaut, ou si l’environnement global est perçu comme plus risqué, les nouveaux CDS sur le marché auront une prime plus élevée, et les anciens déjà en circulation auront une valeur intrinsèque positive.
On peut investir un CDS pour plusieurs raisons :
- Le cas le plus classique, quand un investisseur veut se couvrir (se hedger) contre le risque de défaut d’un émetteur.
- Une autre possibilité est que si l’on est persuadé que l’entreprise ABC ne va pas faire défaut pendant un certain temps (ou que son risque de défaut ne va pas croître par rapport aux prévisions du marché), je peux vendre le CDS et toucher le montant de l’assurance. Cependant, si l’entreprise ABC vient à faire défaut, il faudra que je compense l’investisseur qui a acheté le CDS. De la même façon que pour l’achat d’un CDS, je pourrai clôturer mon swap en prenant la position inverse.
- Enfin, un spéculateur peut acheter un CDS s’il a la conviction qu’une entreprise va faire défaut, ou voir le risque associé augmenter, dans la période couverte par le CDS.
Conclusion
Garde à l’esprit que je n’ai fait qu’effleurer la complexité du monde des swaps. Si le sujet t’intéresse, je ne peux que te recommander ma formation (accessible ici). Les produits dérivés, y compris les swaps, sont abordés en détail dans la partie 9 du cours.
En plus des swaps, tu y trouveras toutes les connaissances essentielles pour les débutants : finance comportementale, analyse technique et fondamentale, différentes classes d’actifs, et bien plus encore. Avec ma formation, pas de promesses illusoires d’argent facile : j’offre un contenu sérieux et approfondi, conçu pour ceux qui souhaitent réellement comprendre l’univers du trading. Le plus ? Tu peux tester la formation gratuitement pendant 7 jours !
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